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Immortelle

Dans la série Immortelle, Aude Lemarchand aborde un thème majeur de l’histoire de l’art et de la littérature, celui de la fuite du temps. L’angoisse du temps qui passe a sans cesse nourri les créations des artistes et notamment celles des romantiques. Avec l’avènement de la photographie, un nouvel outil est apparu pour exprimer cette angoisse. Plus que tout autre média, la photographie a ce pouvoir de capter l’instant et d’immortaliser le présent qui nous échappe à chaque seconde.

L’expansion de l’humanité subit une croissance exponentielle, et aujourd’hui plus qu’hier, nous avons des raisons de nous demander si elle n’arrive pas bientôt à son terme. Les ressources de la planète s’amenuisent à mesure que la population mondiale augmente et une seule terre ne suffira bientôt plus pour subvenir  à nos besoins démesurés.

L’emprise de l’homme sur la nature est telle que l’avenir de la planète dépend en grande partie de nous. La pollution, la déforestation et l’extinction de certaines espèces animales et végétales sont les conséquences directes de nos agissements. La photographe choisit de congeler la flore à l’instant même où elle est au paroxysme de sa beauté. Elle exprime ainsi le pouvoir dévastateur que l’homme détient entre ses mains, et s’interroge : l’égoïsme de l’homme n’est-il pas un danger pour la planète ? Les chimères qu’elle confectionne sont des symboles, elles représentent la main mise de l’homme sur la nature.

Aude Lemarchand répond à l’intempérance de l’humanité en composant des espaces immaculés. En effet, ces images semblent irréelles, comme empruntées à des paysages de science fiction. Ces territoires fantastiques sont dépeuplés, si bien qu’ils semblent appartenir à une terre vierge qui n’a pas encore été souillée par l’homme. Beautés pures mais inaccessibles,  ces fleurs sont comme des promesses intenables.

Par la succession de la congélation et de la photographie, elle réalise une mise en abîme. De la même manière que l’appareil photo fige l’instant sur du papier, elle fige les fleurs dans la glace. Immortelle est un travail hanté par la dualité. La vie et la mort sont représentées dans la même image. En voulant préserver la splendeur, elle anticipe sa fin. Si la cryogénisation est une mort suspendue, la photographie elle, tue le sujet. Aude Lemarchand fait écho au ressenti de Roland Barthes quand il se fait photographier. Dans « La Chambre claire », il explique : « je ne cesse de m’imiter, et c’est pour cela que chaque fois que je me fais (que je me laisse) photographier, je suis immanquablement frôlé par une sensation d’inauthenticité, parfois d’imposture [...]. Imaginairement, la Photographie [...] représente ce moment très subtil où, à vrai dire, je ne suis ni un sujet ni un objet, mais plutôt un sujet qui se sent devenir objet : je vis alors une micro-expérience de la mort [...] : je deviens vraiment spectre. »

Texte de Chloé Gassiot

La série comporte 12 images

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  • Skills: nature morte
  • Year: 2012